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Jessica Hollfelder
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Le paquet législatif Omnibus I a redéfini le paysage européen du reporting de durabilité. Les obligations ont été allégées, les délais ajustés et le champ d’application restreint. Pour les entreprises désormais exclues de ces obligations, une question légitime se pose : le reporting de durabilité reste-t-il pertinent ?
La réponse est oui — mais pour des raisons différentes qu’auparavant. Si la pression réglementaire s’est atténuée pour certaines entreprises, les attentes des investisseurs, des partenaires commerciaux et des conseils d’administration demeurent élevées. Le reporting de durabilité ne se limite plus au respect d’un seuil réglementaire ; il devient un levier de clarification, d’aide à la décision et de renforcement de la résilience à long terme.
Paquet Omnibus : décisions clés et évolutions réglementaires
Le paquet Omnibus sur la durabilité a été conçu pour simplifier le cadre réglementaire européen et réduire la complexité pour les entreprises. Concrètement, il a introduit plusieurs changements ayant une incidence directe sur les obligations de reporting en matière de durabilité.
Les principales décisions prises dans le cadre du paquet Omnibus sont les suivantes :
En décembre 2025, le Parlement européen a officiellement adopté le texte final d’Omnibus I, conformément à l’accord provisoire conclu avec le Conseil de l’Union européenne. Le Conseil devrait donner son approbation formelle début 2026.
Les décisions clés portent sur trois réglementations majeures en matière de durabilité, ainsi que sur leurs calendriers de mise en œuvre :
- CSRD – Réduction significative du champ d’application
Le seuil de déclaration est relevé pour les entreprises de plus de 1 000 salariés dont le chiffre d’affaires dépasse 450 millions d’euros, ce qui réduit d’environ 90 % le nombre d’entreprises concernées.
Les entreprises déjà soumises aux obligations de reporting sont impactées par ces évolutions, tandis que d’autres entreront dans le champ d’application à partir de 2027 ou 2028, selon leur taille et leur classification. - CSDDD – Champ d’application resserré et mise en œuvre reportée
La directive s’appliquera uniquement aux entreprises de plus de 5 000 salariés réalisant un chiffre d’affaires net d’au moins 1,5 milliard d’euros.
Son application est reportée d’un an, à juillet 2029. Les obligations de reporting se concentreront principalement sur les maillons de la chaîne de valeur présentant les impacts négatifs réels ou potentiels les plus significatifs. - Taxonomie de l’UE – Simplification ciblée
Un règlement délégué modifiant la taxonomie de l’UE entrera en vigueur fin janvier 2026 et s’appliquera à l’exercice financier 2025. Ces ajustements prévoient notamment des seuils de matérialité plus élevés, une réduction du nombre de points de données requis et une simplification des critères DNSH.
Dans l’ensemble, Omnibus vise à réduire la complexité réglementaire et la charge administrative liée au reporting, tout en laissant largement inchangées les attentes fondamentales en matière de transparence, de gestion des risques liés au développement durable et de données utiles à la prise de décision.
Il est toutefois essentiel de comprendre ce qu’Omnibus n’a pas modifié. Les attentes des investisseurs, les exigences des partenaires commerciaux, les conditions de financement et les demandes des conseils d’administration en matière de données fiables de durabilité demeurent pleinement en vigueur. Plus que jamais, le besoin d’informations pertinentes, comparables et exploitables pour la prise de décision se renforce.
Ce que la loi Omnibus change pour les entreprises en pratique
Avec l’allègement de la pression réglementaire, le reporting de durabilité devient une décision stratégique plutôt qu’un simple exercice de conformité. Les entreprises disposent désormais d’une plus grande latitude pour définir la manière dont elles rendent compte, ainsi que de nouvelles opportunités pour utiliser le reporting comme un véritable levier stratégique.
Pour de nombreuses organisations, le reporting se rapproche de plus en plus des fonctions de finance, de gestion des risques et de stratégie d’entreprise. Les données de durabilité sont de plus en plus mobilisées pour évaluer les risques de transition et éclairer les décisions d’investissement. Dans ce contexte, le reporting évolue d’un exercice de divulgation externe vers une capacité de pilotage interne.
Le paquet Omnibus redessine également le paysage des cadres de référence. Si les normes ESRS demeurent pertinentes pour les entreprises toujours concernées, d’autres explorent des alternatives telles que l’ISSB, la norme VSME ou certaines normes volontaires, afin de garantir à la fois la comparabilité internationale et l’utilité des informations pour la prise de décision.
Le point de vue de l’expert Andreas Rasche : le reporting de durabilité après Omnibus
Le professeur Andreas Rasche, de la Copenhagen Business School, figure parmi les principaux experts académiques européens en matière de durabilité des entreprises, d’ESG et de réglementation. Ses travaux établissent un lien étroit entre la recherche universitaire, la pratique des entreprises et les politiques publiques, en mettant l’accent sur la gouvernance et la finance durables.
Dans son analyse d’Omnibus, Andreas Rasche souligne que la simplification réglementaire ne remet en aucun cas en cause la pertinence stratégique de la durabilité. Comme il le résume lui-même : « Le développement durable n’est pas une question de conformité, mais de résilience et de compétitivité à long terme. »
Dans une interview consacrée à ce sujet, il explore les effets concrets d’Omnibus pour les entreprises. Il explique pourquoi de nombreuses organisations continuent de produire des rapports structurés de durabilité malgré l’allègement des obligations réglementaires, comment le reporting contribue à renforcer la confiance et la prévisibilité, et pourquoi les données de durabilité sont de plus en plus étroitement liées à la finance et à la gestion des risques. L’entretien se projette également vers l’avenir, en examinant l’évolution possible des cadres de reporting et les choix stratégiques auxquels les entreprises sont désormais confrontées.

Webinaire – Le reporting de durabilité après Omnibus
L’initiative Omnibus marque un tournant pour le reporting de durabilité en Europe. À mesure que le cadre réglementaire évolue, les entreprises sont amenées à repenser le rôle du reporting dans la résilience, la gouvernance et le positionnement stratégique à long terme.
Ces enjeux seront au cœur du prochain webinaire live « Le reporting de durabilité après Omnibus », animé par Andreas Rasche et des experts d’osapiens. La discussion s’appuiera sur une nouvelle étude européenne fondée sur les retours de 400 entreprises. Elle explorera ce qui reste pertinent après Omnibus, la manière dont les organisations arbitrent entre les normes ESRS et ISSB, ainsi que les implications pour la gestion des risques et la prise de décisions stratégiques.
Le webinaire se tiendra le 24 février 2026 à 13h00 CET. Il s’adresse en priorité aux responsables du développement durable et de l’ESG, ainsi qu’aux professionnels de la stratégie, du risque, de la finance, du reporting et de la conformité.
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